Il fait si tard au contournement d’une plenitude,
pourtant l’aube du noir invente le jour nouveau.
Que vaut cette lave transparente entre les rochers?
Le seuil dilapidé, une cendre toute fraîche
emporte le passage.
Certains soirs, tu insistais
afin que l’indémontrable
soit le véritable itinéraire.



Des montagnes compliquées.
Je reviendrai avec la pluie blessée,
de ce côté qui n’est pas facile,
pour tresser les séquelles de l’infini.
Oui, je reviendrai.
Que la soie remue ses images,
le jardin venu d’un nouveau vertige.



De ce monde réel, l’autre en marge,
l’ailleurs, qui a vécu l’expérience.
Un ailleurs, l’ici du poète et de l’artiste,
et la pensée suscitée.
Il lui arrivait souvent de fredonner ce refrain:
«De neige sont les pierres,
de neige, sont les pierres».



Il avançait dans la nouvelle époque,
c’est à peine s’il pouvait imaginer l’inachevable.
De ce rêve de peindre, il s’était réveillé
pour rejoindre les oiseaux, les branches et les grappes,
le bruit de la rue et quelques statues
dans un jardin public.
Maintenant,
les doigts en flammes,
il avance vers l’eau de l’autre rive,
sans aucune précaution.



Pèse l’ombre, assemble la profusion de ses stries,et alors,
en prêtant l’attention,tu comprendras
que l’ombre est la rumeur de l’image.



Presque totalement,
les années jetaient les choses dans la mémoire.
Je ne savais plus les mots.
L’ailleurs se créait, en ourlet de labrise.
Une ombre humaine célébrait son retour
dans le paysage des correspondances.
Elle chantait.
Les notes de musique
traversaient les flocons de neige,
comme la braise la cendre.

Osons la terre,
échappant au quotidien
et nous convoquons le monde.
Dont le chemin resplendit.
Une minute, des heures,
tout une vie irrésistible.
L’ébriété de l’intemporel.
Des arbres, la forêt,
et la nature, toute,
avec son visage d’élévation.
En effet,
nous sommes de l’haleine qui prévaut.


Osons le baiser que nous aimons.
Nous sommes le temps,
la réalité des jours possibles.
Seulement, par-dessus tout cela,
l’émotion.



On ne sait plus.
Cependant, on entend le cœur à nouveau battre
au milieu de quelques abîmes.


On ne sait sans doute plus
l’égal des choses,
la vérité
et l’heure qu’on aime.
Et l’ombre de franchir l’usure,
pour boire avec l’invisible du vertige.
Seule, une lumière simplifiée
frappe dans la chaleur de l’immobile.
Les batailles humaines sous la bure des passions.
Voyez-vous, j’aime ceux-là
qui ont choisi leur propre liberté
dans l’inépuisable solitude féconde.



Débris de vérité écroulés.
De ruines ricanant,
de passeurs ne sachant lire,
des propos en l’instant du chant désuet,
mais d’autres psaumes.
Une langue océanique,
déjà l’évidence…



C’est en silence que s’effondrent
les épaules du temps.
Quelques voix lointaines.
Qui pour fleurir,
qui pour gémir,
qui pour porter la parole ?
Et pour l’écorce esseulée,
son ombre fugitive.



Est-ce la raison,
le monde improbable
dépouillant espaces de brouillards,
ses habitants poussières ?
Qui officie en ces temps finis ?
Qui, pour simplement habiller l’émotion,
avant trop tard,
les saisons ?



J’ai dit écrire en silence.
Changer l’eau des fleurs tous les matins.
La beauté indicible,
un coquillage susurrant l’infini.
Serions-nous fidèles aux visages échangés ?
Maintenant jeter l’acquis,
quelques maisons de vagues.
L’absence.
Quelques arbres en silence.
Pour voir.

Quelle vérité de landes
couleurs pacotilles
et cimetières
les berceaux dédiés à l’abîme
De mémoire
la bise fugitive
dans le remous des ombres
D’avoir un jour été



Pour les feuilles
pour le mouvement mobile
l’âge désormais
vivre toujours
Puis ces passants légers
le fleuve
dans le vertige des pierres



Presque long sommeil
Presqu’empreintes
plus ou moins sensibles
le mensonge des jours sans demeure
comme l’inutile
Souriants engoncés dans les brumes lointaines
D’un vent tourmenté d’une étoile de cendres
le voyageur qui s’agite
Et dans les cloisons du vent
une neige en sueur
dans l’incandescence du souvenir



Ne t’arrête pas
Les fondations se sont effritées
dans le non-savoir.
Marche et nomme le fleuve
Poursuis ce chemin superflu
du monde coagulé
depuis qu’il existe
Va entier vers cette mer vulnéraire
qui ne connaît nul repos
A l’heure vespérale
revenant sourire
aux aspérités de ruines délaissées
Encore plus loin
ce peu de neige
Que faire
Comme si demain
traversait encore le fiable